Coronavirus : « Chaque chaise est occupée », « trop chaud avec le masque »… Dans les amphis, un protocole sanitaire à la peine

il y a 2 semaines 5

Sur le campus de Sophia Antipolis.

Sur le campus de Sophia Antipolis. — SYSPEO
Après les élèves de l’Education nationale, les étudiants reprennent peu à peu le chemin de la fac.
 Une rentrée particulière placée sous le signe du coronavirus et des gestes barrières.
 Mais pour la majorité des lecteurs qui ont répondu à notre appel à témoignages, les consignes anti-Covid ont du mal à être pleinement respectées dans les amphis.

« Les règles sanitaires sont respectées, tout le monde se lave les mains fréquemment et porte constamment le masque. Certes, ces mesures sont contraignantes, mais comprises et appliquées par tous ». A lire Baptiste, en première année de communication sur le campus de Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), 
 le Covid n’est pas vraiment un problème en cette 
 rentrée universitaire. A l’autre bout du pays, Mélanie, étudiante lilloise (Nord), donne la même impression : « les règles [sanitaires] dans les bâtiments sont respectées ». Et les profs ont même de quoi alléger l’ambiance sanitaire : « Certains nous font faire des pauses plus souvent pour qu’on aille dehors prendre un peu l’air, en s’éloignant fortement des gens si on veut enlever le masque ».


 

Nous voilà donc rassurés : malgré la distanciation physique, les masques, le gel et les cours en présentiel/distanciel, la reprise à la fac ressemble à un long fleuve tranquille. Oui, mais non. Car Baptiste et Mélanie ne sont que des exceptions parmi les lecteurs qui ont répondu à notre appel à témoignages.


 

« Des allers-retours entre deux salles »


 

Premier problème (ils sont nombreux) pointé par les étudiants dans la gestion du Covid dans les établissements d’enseignement supérieur : le manque de place. « Ce lundi, en cours d’anglais, nous étions 51 dans une salle de 40 places, raconte Justice, en étudiant en master. Chaque chaise était occupée, et d’autres ont dû être rajoutées dans les allées et près de la porte. Aucune distanciation sociale possible ». Le prof a trouvé une solution, pas forcément idéale : « Il a fini par nous mettre dans deux salles différentes et faisait des allers-retours entre l’une et l’autre ».


 

Des efforts, il y en a, mais ils paraissent relatifs. « Nos professeurs ont opté pour des cours en présentiel, à 350 dans des amphis de 400 ne pouvant même pas être aérés (construit sans fenêtre) », rapporte Eline. Clémentine, elle, a traversé tout Lyon (Rhône) pour aller dans une salle censée faire respecter la distanciation. Problème : « une fois arrivés, il n’y avait pas assez de place. Certains étaient côte à côte, d’autres assis par terre. Je n’ai vu aucun distributeur de gel hydroalcoolique », note l’étudiante en Master 2 d’Histoire-Géo.


 

« Pourquoi les cours à distance ne sont pas privilégiés ? »


 

Et du côté des Lettres modernes ? C’est « un désastre », résume tout simplement André, à Paris-IV. « L’université n’a absolument rien organisé pour assurer notre sécurité et celle des employés administratifs : pas de gel hydroalcoolique à notre disposition, aucune distribution de masques, aucun marquage au sol. Le pire dans tout cela, c’est l’absence totale de distanciation sociale dans les salles de classe et les couloirs ».


 

Et quand Cristina, à la Sorbonne, évoque un « gros bordel » et se demande « pourquoi les cours à distance ne sont pas privilégiés ? », Clara, en droit à Sceaux (Hauts-de-Seine), parle pause déjeuner. « La cantine est le pire endroit, il n’y a aucune distance entre nous, tout est bouché. Tout le monde se dit bonjour, c’est la catastrophe »


 

Coup de chaud


 

Un problème de place, donc, mais aussi de comportement. Parce qu’en plus d’être « parqués entre 100 et 200 dans des amphithéâtres », Issam, en face de droit à Nice (Alpes-Maritimes), pointe du doigt… le personnel administratif. « (Il) ne porte pas du tout le masque, que ce soit à l’accueil ou au bureau des licences ». De là à faire des étudiants des élèves modèles ? Loin de là, que ce soit à l’extérieur, où « chacun se retrouve pour discuter ou fumer une clope », regrette Néjim, où en cours.


 

« Certains considèrent que le Covid n’est plus là, où qu’ils ne risquent tout simplement rien sans penser à ceux qui sont autour, ceux qui ont des personnes à risque dans leur entourage ou tout simplement des étudiants à risques », dénonce aussi Lucie. Entendu durant ses cours : « "J’ai trop chaud avec mon masque", "Ça me fait tourner la tête", "Je n’arrive pas à me concentrer"… »


 

Un argument « chaleur » d’actualité vu les températures cette semaine : « Certaines salles sont des vrais fours (grandes vitres exposées au soleil), et rester 4 heures de suite devient vite un calvaire », pointe Amélie.


 

Demandez les cours… à ceux que vous n’avez pas croisés


 

Un calvaire pour certains, et un casse-tête pour d’autres. C’est le cas d’Agathe, qui se plaint de l'« absurdité » de certaines mesures. « Je covoiture ​avec une amie (donc contact rapproché), mais (on n’a) pas le droit de s’asseoir ensemble (en cours) ? Pire pour les élèves en couple entre eux ! Et le sens de circulation implique à un endroit de redescendre et remonter trois étages ». Eléa en rajoute une couche : « Lors des TD, on nous demande de garder nos distances dès notre arrivée. Quinze minutes plus tard, le professeur demande que le travail soit fait en groupe. Résultat : quatre groupes de six élèves travaillant sur le même PC et sans aucune distance ».


 

Et puis il y a des problèmes d’organisation qui étaient difficiles à prévoir. Clément, à Nantes (Loire-Atlantique), raconte que son université a choisi de faire alterner les étudiants entre cours sur place et à distance. Mais les leçons en vidéo n’ont pas marché au début. D’où la solution proposée aux élèves : rattraper les cours par le biais du groupe qui était présent sur place. Le hic : « on ne se connaît pas entre nous ».


 
Lire l'article