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A l’heure où Emmanuel Macron annonce la suppression de l’établissement public d’excellence, un documentaire se penche sur son fonctionnement, à travers les anecdotes d’illustres anciens élèves.

 Ségolène Royal, François Hollande, Renaud Donnedieu de Vabres, Dominique de Villepin, Michel Sapin et Frédérique Bredin. La promotion Voltaire (1978-1980) de l’ENA avec, de gauche à droite : Ségolène Royal, François Hollande, Renaud Donnedieu de Vabres, Dominique de Villepin, Michel Sapin et Frédérique Bredin.

PUBLIC SÉNAT - SAMEDI 10 AVRIL À 21 HEURES - DOCUMENTAIRE

Reconnaître François Hollande en ce jeune homme aux cheveux châtains ; entrevoir, sur sa droite, une Ségolène Royal timide, les yeux baissés ; ne pas être certain d’identifier Dominique de Villepin… Ce petit jeu de la photo de classe amuse d’autant plus ici qu’il s’agit d’une des plus célèbres d’entre elles, celle de la promotion Voltaire (1978-1980) de l’Ecole nationale d’administration (ENA), concentration exceptionnelle de jeunes gens alors en devenir.

Autant dire, une bonne publicité, a priori, pour cet établissement public d’excellence, voulu par le président du Conseil Léon Blum, en 1936, pour garantir un accès égalitaire et une compétence accrue aux futurs « serviteurs » de l’Etat, et finalement créé le 9 octobre 1945. Depuis, quatre présidents de la République, neuf premiers ministres, des dizaines de ministres et de grands patrons, quelque 7 000 hauts fonctionnaires sont passés par ses bancs.

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Et pourtant… Fondée sur des idéaux humanistes, l’ENA est aussi devenue, en sept décennies, l’établissement d’enseignement que le peuple, mais aussi ses élites aiment le plus détester. Le documentaire inédit diffusé par Public Sénat se consacre à ce cas d’école paradoxal, en revenant sur les conditions méconnues dans lesquelles l’ENA a été désirée, créée, puis en inventoriant chronologiquement ses dérives, réelles ou supposées, et les tentatives de réforme plus ou moins avortées qu’elles ont induites – intellectuellement réjouissant !

Entre-soi et conformisme

Accusée d’entre-soi et de conformisme, l’ENA est ainsi défendue d’emblée par Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay, ministre de l’éducation du Front populaire, initiateur en tant que tel de l’école, et seul magistrat à ne pas avoir prêté serment au régime de Vichy (il en mourra, tué par la milice). Même avis positif de Jean-Louis Debré, ex-président de l’Assemblée nationale et fils de Michel Debré, auquel de Gaulle confia, en 1945, la création de l’ENA, selon des principes de démocratisation, de méritocratie et d’ouverture (aux femmes dès 1946).

Dès lors, plusieurs virages, pour ne pas dire dérives, sont identifiés. Comme l’avènement de la Ve République, en 1958, l’arrivée pour la première fois à l’Elysée en 1974 d’un énarque (Valéry Giscard d’Estaing), ou l’élection en 1981 de François Mitterrand, qui va étonnamment intensifier la présence d’énarques aux postes-clés.

Les anciens élèves ne sont pas les derniers à critiquer l’ENA, Jean-Pierre Chevènement le premier. Présent en plateau, il détaille, entre autres, comment, à 28 ans, avec deux camarades, il publie dans la presse un court texte, « L’Enarchie ou les Mandarins de la société bourgeoise » (1967), consacré aux « énarques », créant de fait deux mots qui vont entrer dans l’histoire. Autre épisode savoureux, en mai 1968, lorsque 68 élèves de la promotion Charles-de-Gaulle occupent les lieux, couchés au sol dans des sacs de couchage – reconnaîtrez-vous Valérie Pécresse ?

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Néanmoins, le fossé se creuse de plus en plus avec le « peuple ». « En France, il y a toujours eu un discours anti-élite et un discours anti-Etat. Et l’ENA concentre les deux », sourit Patrick Gérard, directeur de l’école honnie. Il en a fait évoluer les conditions de recrutement, créant une voie d’accès pour les plus modestes, imposant des stages en PME… En vain. Emmanuel Macron, lui-même énarque, a finalement tranché, jeudi 8 avril : l’école sera supprimée.

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ENA, pourquoi tant de haine ?, documentaire d’Alix Etournaud et Emilie Lançon (Fr., 2021, 60 min). Disponible en replay, dimanche 11 avril, à 9 heures, sur Publicsenat.fr.

Catherine Pacary

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