Fukushima : 10 ans après, il y a "une contamination chronique, pérenne, très grave pour la planète", affirme un journaliste

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Jean-Michel Jacquemin-Raffestin est le co-auteur du livre "Fukushima, tremblements et stupeur dix ans après". Il estime que les leçons des accidents nucléaires n'ont pas été tirées.

[Cet article a été mis à jour avec ajout de liens vers les études citées. Certains passages insuffisamment étayés ont été précisés.]

Dix ans après la catastrophe de Fukushima, conséquence d'un tremblement de terre et d'un tsunami qui ont fait près de 20 000 morts, "on ne peut pas dire qu'on a vraiment tiré les leçons", estime, jeudi 11 mars, sur franceinfo Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, co-auteur avec Mickael Naveau de Fukushima, tremblements et stupeur dix ans après. Dans leur ouvrage, ils soulignent que Fukushima "est en train de contaminer les fonds marins de la planète". "C'est une contamination chronique, pérenne, très grave pour la planète", alerte Jean-Michel Jacquemin-Raffestin.

Selon lui, les conséquences de la catastrophe de Fukushima ne se font pas sentir uniquement au Japon mais "également dans d'autres pays". "Aux États-Unis, des bébés ont eu des hypothyroïdies en très grand nombre en Californie, où le cabernet sauvignon de Californie est contaminé avec du césium. C'est un scientifique français du Centre d'études nucléaires de Bordeaux, Michael Pravikoff qui l'a découvert", explique Jean-Michel Jacquemin-Raffestin.

Pour Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, "Fukushima est en train de contaminer les fonds marins de la planète". Dès 2012, des chercheurs de l'université de Stanford ont mis en évidence la présence de césium lié à Fukushima dans des thons pêchés en baie de San Diego, en Californie, à des niveaux relativement faibles. Et la question des radiations dans les eaux se pose d'autant plus que Tepco, l'opérateur de la centrale de Fukushima, souhaite déverser dans l'océan les eaux contaminées stockées sur le site depuis la catastrophe.

Selon Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, le danger provient également des faibles doses de radiation auxquelles les Japonais restent exposés. Depuis la catastrophe, "ce sont 200 000 personnes qui ont été déplacées", explique-t-il. Des personnes qui ont été évacuées ou qui ont souhaité partir d'elles-mêmes. "Comme les gens reviennent vivre sur place, on a juste gratté la terre sur cinq centimètres. On remet les gens dans leur maison, les enfants dans les écoles. Fukushima est un endroit au Japon où il y a énormément de forêts. Les forêts ne sont pas nettoyées. Sur la préfecture de Fukushima, il y a peut-être un vingtième qui est nettoyé et le reste, pas du tout."

Mais la question ne se pose pas uniquement pour la province de Fukushima. Elle concerne en réalité tout le pays estime-t-il. "Une association en France, l'Acro, l'Association contre la radioactivité dans l'Ouest, a fait un travail remarquable au Japon. Elle a analysé les sacs aspirateurs dans douze maisons à 200 kilomètres de Fukushima". Ces sacs contiennent, selon ces études, les quantités en becquerel par kilogramme de particules de césium-137 et césium-134 sont supérieures aux limites de radioactivité.

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