«Mon grand-père ne voulait pas avouer que sa fille était la plus grande star de Hollywood, Marilyn Monroe»

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Une évocation des dernières photos de Marilyn réalisées le 13 juillet 1962, Francine Gifford Deir, sa nièce, à Norfolk le 14 avril 2022.

Une évocation des dernières photos de Marilyn réalisées le 13 juillet 1962, Francine Gifford Deir, sa nièce, à Norfolk le 14 avril 2022. © EVA SAKELLARIDES

Francine Gifford Deir vient de découvrir qu’elle est la nièce de Marilyn. Elle nous reçoit.

Norfolk, en Virginie, Francine Gifford Deir mène la vie d’une bourgeoise de province, très loin de Hollywood. Pourtant, il suffit que cette agente d’assurance découvre l’objectif de notre photographe pour qu’on lui devine un goût de la lumière qui pourrait tenir de famille… Francine a rangé vieilles photos et lettres jaunies dans une boîte à chaussures. En exclusivité, elle nous raconte cet homme, Charles Stanley Gifford Senior, son grand-père. Celui qui n’a jamais voulu avouer être le père de la plus grande star du monde .

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Paris Match. Racontez-nous votre grand-père…

Francine Gifford Deir. C’était un homme formidable, grand, marié trois fois. Né en 1898, il était passionné de photographie, de chevaux, jouait au polo. Fils de charpentier, il n’avait pas fait d’études et avait débuté comme manutentionnaire dans un studio de Hollywood. Il livrait les films au labo, à moto. Il s’était d’ailleurs lié d’amitié avec Stan Laurel (de Laurel et Hardy) qui lui donnait ses vieux vêtements. En 1925, il a rencontré Gladys, la mère de Marilyn. Il était encore marié avec Lillian, ma grand-mère. Leur liaison a été, je pense, un des détonateurs de leur divorce.

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Le voyiez-vous souvent ?

Deux semaines chaque été. Il avait installé une ferme, la Red Rock Dairy, à Hemet, bourgade entre Los Angeles et Palm Springs. Il pasteurisait le lait, puis le vendait dans son magasin ou à des fabricants de glaces. L’entreprise marchait bien. Il y mettait beaucoup de passion. Il était fier des annonces publicitaires qu’il produisait lui-même, adorait ses vaches, ses taureaux, donnait à chaque veau le prénom de l’un de ses petits-enfants… Avec mes parents, mon frère et ma sœur, il nous fallait quatre jours pour traverser l’Amérique, de la Virginie à la Californie, dans notre Ford break, sans clim, pour arriver jusqu’à sa maison. Le reste de l’année, nous nous écrivions.

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Connaissiez-vous la rumeur qui faisait de lui le père de Marilyn ?

Oui, car Marilyn en parlait à tout le monde. C’est ce que Gladys, sa mère, lui avait affirmé. Moi, je l’avais découverte dans les années 1960, sur la couverture du magazine “Esquire”. Ils avaient réussi à se procurer une photo de mon grand-père. Mon père, qui y figurait, était furieux.

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Quand Marilyn est née, mon grand-père était marié à une autre. À l’époque, un enfant hors mariage, ça ne se faisait pas

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Y croyait-il lui-même ?

Il disait que non, en réalité il ne voulait surtout pas savoir ! À la fin de sa vie, mon grand-père avait tout raconté à un pasteur presbytérien, puis il avait écrit à mon père pour lui enjoindre de rencontrer ce révérend : “Il a des choses à te dire”. Malheureusement, ça ne s’est jamais fait. Mon grand-père est mort d’une crise cardiaque en 1965. Mon père, qui était à ses côtés, a toujours affirmé que son absence de confession sur son lit de mort était la preuve que la rumeur était bidon. Mais le doute a subsisté. Il avait d’ailleurs confié à mon fils Bryan : “Après ma mort, si vous voulez savoir, prenez mes cheveux”. C’est pourquoi nous avons accepté de faire le test ADN que nous proposait François Pomès.

Le livret de famille qui atteste du mariage de Lillian et Charles Stanley Gifford. Ils divorcent en 1925. Leur fils Charles Stanley Jr. (à dr.), demi-frère de Marilyn et père de Francine, a alors 3 ans.

Le livret de famille qui atteste du mariage de Lillian et Charles Stanley Gifford. Ils divorcent en 1925. Leur fils Charles Stanley Jr. (à dr.), demi-frère de Marilyn et père de Francine, a alors 3 ans. © EVA SAKELLARIDES, DR

Avez-vous été surprise par le résultat ?

Pas vraiment. Dans les années 1950, alors qu’elle était déjà célèbre, Marilyn était allée voir mon grand-père à Hemet. Mais il avait refusé de la rencontrer. Il aurait été si facile de lui expliquer : “Chérie, désolé, j’aimerais te dire que c’est moi ton père, mais tu te trompes”. À l’époque, il était remarié avec Mary, une femme charmante.

Pourquoi a-t-il refusé, selon vous ?

Je pense qu’il avait honte : avoir un enfant hors mariage était mal vu. Il a aussi voulu protéger mon père, son fils unique, qu’il adorait. Il avait perdu une fille, Elizabeth, emportée par la maladie à 13 ans. D’ailleurs, il a sans doute souffert en silence quand Marilyn est morte, en 1962. C’était la seconde fille qu’il perdait. Enfin, il a probablement eu peur pour sa réputation. Avouer qu’il était le père de la plus grande star de Hollywood et que, toute sa vie durant, il avait refusé de l’admettre, aurait nui à son business.

Votre vie a-t-elle changé depuis que vous savez que Marilyn Monroe était votre tante ?

C’est une nouvelle qui a mis un peu de glamour dans notre vie. Si je suis triste, c’est pour elle. Peut-être son destin aurait-il été différent si elle avait appartenu à une famille comme la nôtre, aimante et soudée. Peut-être aurait-elle été plus forte. On ne le saura jamais. Le passé appartient au passé. Mon grand-père n’a jamais exprimé le moindre remords, mais je pense que, pour lui, le poids du secret et de la culpabilité a été lourd à porter. 

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