Protocole, secret médical: ce qu’il faut savoir sur la vaccination en entreprise

il y a 3 jours 56

Dès jeudi, les salariés de 50 à 64 ans atteints de comorbidités pourront se faire vacciner dans leurs entreprises. Cette nouvelle étape de la vaccination pose des questions quant au respect du secret médical.

Les médecins du travail pourront, à partir de ce jeudi, administrer le vaccin AstraZeneca aux salariés de 50 à 64 ans atteints de comorbidités. "Les entreprises souhaitaient s’impliquer notamment pour sensibiliser les salariés à l’importance de la vaccination", affirme ce mardi au micro d’Europe 1 Elisabeth Borne, ministre du Travail et de l’Emploi.

Comme la campagne de vaccination globale, celle dans les entreprises va se dérouler dans un premier temps aux compte-gouttes. L’un des enjeux primordiaux est de préserver le secret médical.

· Qui procède à la vaccination?

Ce n’est pas la direction des entreprises ou les représentants des ressources humaines qui procèdent à la vaccination, mais seulement les médecins du travail. "Les entreprises ne seront pas elles-mêmes chargées d'organiser les injections. Ce sont les services de santé au travail qui vont être mobilisés", a souligné la ministre ce mardi.

Interrogé sur le plateau de BFM Business ce mardi, Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des DRH (ANDRH) s’est dit favorable à l’appui de pharmaciens dans les petites et moyennes entreprises. Les TPE-PME, "n'ont pas forcément de service de santé au travail intégré", souligne-t-il, avant d’ajouter: "les médecins du travail vont nécessairement être débordés parce qu'ils ne sont pas nombreux.”

"On pourrait imaginer qu'une PME va passer une sorte d'accord avec une pharmacie locale qu'elle connaît et cela permettrait d'étendre considérablement le nombre de personnes vaccinées", a-t-il proposé.

· Quelle catégorie de salariés peut en bénéficier?

Suivant les recommandations de la Haute autorité de santé, le vaccin AstraZeneca peut être administré aux salariés volontaires âgés de 50 à 64 ans, atteints de comorbidités.

Il s’agit des "salariés vulnérables, très vulnérables, c'est-à-dire ceux qui ont des pathologies chroniques, par exemple des problèmes cardiovasculaires, respiratoires, des problèmes d'obésité", a précisé Elisabeth Borne.

· Combien de doses vont recevoir les entreprises?

A l'instar des médecins généralistes, les médecins du travail "doivent se rapprocher de la pharmacie d'officine de leur choix, pour s'identifier et se procurer des doses du vaccin AstraZeneca sous le même régime de contingentement", précisait lundi un communiqué du secrétariat d'Etat chargé des retraites et de la santé au travail.

Cette semaine, la première livraison de doses d’AstraZeneca se limitera à un seul flacon, soit dix doses. Elle se poursuivra ensuite lors d’une seconde livraison vers le 1er mars, d’un à deux flacons maximum. C’est donc bien une vaccination qui se déroule, dans un premier temps, à très petite échelle.

"C'est une première étape, et quand on donnera accès au vaccin à tous les adultes, alors, les entreprises pourront vraiment monter en puissance", a estimé Elisabeth Borne.

· Est-ce un critère pour poursuivre, ou non, le télétravail?

La ministre du Travail a insisté sur la stricte "confidentialité" de cette vaccination. Autrement dit, votre supérieur ne doit pas être informé de votre démarche et celle-ci ne rentre donc pas en compte dans le choix du travail en présentiel ou en télétravail.

"Comme pour tout acte de vaccination, leur intervention se fait dans le strict respect des règles déontologiques liées au consentement des personnes, au secret médical et à la confidentialité des vaccinations vis-à-vis de l'employeur", rappelle le communiqué du ministère.

· Comment le secret médical va-t-il être assuré?

C’est le point qui suscite des doutes. Benoît Serre s'alarme sur notre antenne de cette campagne quant à la préservation du secret médical, estimant que l’organisation n’est "pas très claire":

"Ce sont les salariés de 50 à 64 ans atteints de comorbidités, mais c'est le médecin du travail qui va déterminer s'ils sont vaccinables ou pas, d'une part, et il faut qu'ils soient volontaires d'autre part. (...) Donc en théorie, l'entreprise ne va pas avoir connaissance du fait que tel ou tel de ses salariés a été vacciné. Dans la pratique, cela va forcément se savoir", a-t-il ajouté.

Enfin, l'ANDRH s'inquiète que la campagne de vaccination en entreprise "pose un petit problème de confidentialité médicale parce que cela veut dire que les collaborateurs d'entreprise sauront qu'un tel a été vacciné et donc déduiront (...) qu'il est atteint de comorbidités".

Esther Paolini Journaliste BFMTV

Lire l'article