Star est-elle vraiment le « Netflix killer » de Disney + ?

il y a 3 jours 49

Disney+, ce n'est pas que pour les enfants. Voilà peu ou prou le message que cherche à faire passer Disney à l'heure du lancement de Star, nouvelle « caverne d'Ali Baba, ou plutôt d'Aladdin », destinée à enrichir considérablement l'offre européenne de son site de streaming. Disponible depuis aujourd'hui, ce « sixième monde » s'affiche (moyennant un système de contrôle parental assez strict) aux côtés des mondes de Marvel, Star Wars, Pixar, National Geographic et, bien sûr, Disney. Mais, alors que ces derniers s'adressaient avant tout à un public familial, la chaîne Star promet un contenu plus adulte, « pour quand les enfants sont au lit », selon l'expression de Jan Koeppen, président de la Walt Disney Company pour la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique. Le prix de l'abonnement mensuel augmente au passage de 2 euros (et ce n'est pas une option), sauf pour ceux qui avaient souscrit avant le 23 février et resteront à 6,99 euros pendant six mois.

D'Alien à Moulin rouge, en passant par X-Files, Grey's Anatomy ou Lost, ce sont au total 250 films et documentaires et plus de 40 séries supplémentaires qui sont proposés aux abonnés de Disney+. « Et on va doubler ce volume d'ici la fin de la première année », indique Pauline Dauvin, vice-présidente programmation, production et acquisition pour la France, qui vante la possibilité d'avoir désormais « sur une seule et unique plateforme des contenus pour tous les goûts, tous les publics, tous les genres et toutes les envies ».

Vidéoclub de luxe

Si l'identité de Star reste à établir (en comparaison avec des marques reconnaissables telles Marvel et Pixar) et apparaît à ce jour comme la section adulte un peu fourre-tout de Disney+, le fait est qu'elle permet à la plateforme de rivaliser enfin avec ses concurrents de la SVOD. Et de mieux capitaliser sur les différentes filiales de la compagnie aux oreilles rondes. On pense évidemment à la Fox, rachetée en 2017, et à son énorme catalogue ciné-télé encore relativement peu exploité par Disney+. Avec Star, ce sont, par exemple, toutes les productions de l'ex-Fox Searchlight Pictures qui seront potentiellement à la disposition des abonnés (Black Swan, The Grand Budapest Hotel ou 3 Billboards-Les panneaux de la vengeance viennent ainsi d'être mis en ligne). Mais c'est aussi un canal direct vers les programmes de la chaîne de télévision américaine ABC (Desperate Housewives, Alias, Ugly Betty, Scandal…) et du site de vidéos à la demande Hulu, dont un certain nombre de contenus, comme Love, Victor, sont encore inédits chez nous.

Face à un tel attirail, il est facile d'imaginer que Disney+ puisse battre Netflix en nombre d'abonnés d'ici à 2026, ainsi que le prédisent des spécialistes du marché. Avec 94,9 millions de clients début 2021, la division SVOD de Disney a déjà dépassé ses objectifs… de 2024 ! Grâce à Star, elle peut maintenant séduire un public plus large et marcher sur les plates-bandes, jusqu'ici plutôt préservées, du géant de Los Gatos. Du moins, si elle tient ses promesses en matière de production originale. Car c'est bien là que se jouera le cœur de la bataille et c'est là que le bât blesse pour l'instant. Même avec l'arrivée de Star, l'offre de Disney+ ressemble davantage à celle d'un très beau vidéoclub recensant le meilleur de la pop culture qu'à celle d'un producteur de nouveautés. Pour peu qu'on soit cinéphile et sériephile, on aura déjà vu la plupart des œuvres présentes au catalogue de la plateforme. Et ni les quatre « Star Originals » lancés aujourd'hui, ni les excellents Wandavision, The Mandalorian ou Soul (le dernier-né des studios Pixar, privé de sortie au cinéma à cause du Covid) ne suffiront à nous retenir très longtemps.

À LIRE AUSSI« WandaVision » : le bonheur est dans la série pour les héros Marvel

Soprano et Malik Oussekine en vedettes sur Star

Disney en a toutefois conscience et entend mettre les bouchées doubles, en témoignent les nombreuses annonces faites lors de son « Investor Day » en décembre dernier. L'entreprise vient par ailleurs de dévoiler, à la faveur du lancement deStar, ses dix premiers projets originaux produits en Europe. Comme Neflix et Amazon Prime Video, Disney+ dit vouloir tenir compte des spécificités locales en soutenant la création de chaque pays. Outre la diffusion de succès français comme Fais pas ci, fais pas ça, Disney+ s'apprête ainsi à produire quatre projets hexagonaux, dont deux pour Star : Soprano : Sing or Die, un documentaire en six parties sur le rappeur, et Oussekine, une minisérie de quatre épisodes sur les événements qui ont conduit à la mort de Malik Oussekine lors des manifestations étudiantes de 1986. Le genre de programmes qu'on n'a pas l'habitude d'associer à Disney !

« À travers la figure de Soprano, de ses débuts dans les quartiers nord de Marseille jusqu'à son ascension comme icône de la pop urbaine, on raconte un peu l'histoire de France. Et Oussekine nous parle d'un moment social, un moment d'intégration française. Ce sont les thèmes de la diversité et de l'inclusion qui sont majeurs chez Disney. Ils font partie de nos piliers éditoriaux. Et puis on veut des programmes qui sont en résonance avec l'actualité contemporaine, avec la société, pour donner des clés d'analyse et de compréhension », justifie Pauline Dauvin, qui préside à la destinée des productions tricolores. Un parti pris qui a le mérite d'être différenciant (« ce sont des arènes qui n'ont jamais encore été investies ») et, comme disent les Américains, assez bankable (« le rap français est le genre musical le plus consommé en France »).

Alors, Star, arme fatale de Disney+ ? On en est encore loin et le surnom de « Netflix killer » que d'aucuns veulent lui donner relève davantage du vœu pieux. Il est certain que cette chaîne à destination des adultes et jeunes adultes grignote un peu plus l'hégémonie d'un Netflix déjà ébranlé par la perte des droits de nombreux titres phares (How I Met Your Mother, Gossip Girl, Prison Break…) qui constituaient jusqu'ici son fonds de commerce. Mais le leader du streaming a plusieurs années d'avance et une pléthore de créations originales (dont celles des prolifiques Shonda Rhimes et Ryan Murphy, fraîchement débauchés d'ABC et de Fox) à mettre en avant. Reste, comme le souligne Pauline Dauvin, que quantité n'est évidemment pas synonyme de qualité. Si Disney+ parvient à accélérer la cadence tout en maintenant le niveau d'un Wandavision, Netflix aura bel et bien du souci à se faire.

Lire l'article